commentaire François Mauriac l’introduction à « commencement d’une vie »

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commentaire François Mauriac l’introduction à « commencement d’une vie »

Message  Admin le Mar 6 Jan - 23:47

Mauriac « commencement d’une vie »


Introduction

François Mauriac, auteur du 20ème siècle, est issu d’une famille bourgeoise catholique et conservatrice. Le monde étroit, pieux, provincial de son enfance le marque de fçon profonde. Après avoir commencé des études à Paris, il se consacre entièrement à la littérature et publie de nombreux ouvrages qui connaissent le succés. Son œuvre est emprunte de ses préoccupations philosophiques, morales et religieuses. Mais il écrit aussi des articles pour différents journaux dans lesquels il s’engage par exemple contre le colonialisme et montre sa liberté d’esprit.
« Commencement d’une vie » est un récit autobiographique publié en 1932 dans lequel il fait le récit rétrospectif de son histoire mais aussi écrit un témoignage de toute une époque et une société.
Cet extrait est un passage de l’introduction à ce récit. Il y analyse certaines caractéristiques de la démarche autobiographique en traitant de la question de la sincérité et du mensonge en faisant des références à d’autres œuvres et auteurs et en donnant les justifications de l’autobiographie avec la notion de « compte à rendre ».
Pb : Quel sorte de pacte propose Mauriac dans le prologue de son œuvre ?


I./ Présentation du projet de Mauriac

1°) l’énonciation

le texte est construit en 5 paragraphes inégaux dont le premier se termine par des points de suspension.

 1er paragraphe :
- Utilisation omniprésente du p.p « je »
- Ecriture au passé qui rapporte des souvenirs renvoyant à l’enfance et à l’adolescence
- L’imparfait et le passé simple sont employés à plusieurs reprises
- Les expressions « âge de raison » « seize ans » « enfant » situent les action évoquées dans un temps passé à partir de la l6, avec l’utilisation du présent de généralité pour exprimer des remarques générales sur l’écriture.

 2ème paragraphes : il est plus bref, est encore écrit à la première personne mais l’expression « me voilà » à la ligne 11 ramène celui qui écrit et le lecteur au moment de l’écriture
 emploi du conditionnel : remarques énoncées des éventualités non réalisées (iréel du passé)

 le premier paragraphe met celui qui parle en situation de narrateur de sa propre histoire
 le deuxième paragraphe le met en situation de réflexion sur ce qui n’a pas été fait en matière d’écriture mais aurait pu l’être.
 point commun de ces deux premiers paragraphes : référence à une expérience personnelle, réelle dans un cas, supposées dans l’autre, expérience de lecteur qui conduit à une expérience d’auteur.

 les 3 paragraphes suivants : ont en commun d’abandonner la première personne du singulier au profit de la première personne du pluriel « nous »,
 s’interesse aux auteurs d’autobiographies ou de mémoires pour aborder la question de la vérité et de son éventuel travestissement.

Le paragraphe 3 :
- interroge sur la vérité des souvenirs d’un auteur et répond à la question

paragraphe4 :
- revient sur l’idée de vérité travestie

 2 paragraphes sont dominés par la relation écriture/ mensonge :
« égarent, escamotent, brouille, retouche, tromper, découpe, arbitraire »

paragraphe 5 :
- rapproche l’écriture des mémoires d’une volonté de justification, d’une défense à construire, d’un « compte à rendre » lexique de la justice : « justifier, barre, plaidons, s’accusant, défense »

2°) structure du texte

On remarque ainsi que le texte est construit en 2 grandes étapes dont chacune regroupe plusieurs paragraphes.

1ère étapes : paragraphes 1 et 2 : met en jeu l’écriture autobiographique en situation Mauriac écrit sur Mauriac

2ème étapes : paragraphes 3, 4 et 5 : aborde le problème de la vérité et de la sincérité de ceux qui écrivent des mémoires au nombre desquels Mauriac se compte lui-même : Mauriac lecteur : « nous », parle des auteurs autobiographiques et de mémoires dont il fait partie : « nous »

 les deux grandes parties du texte sont différentes dans la forme de discours utilisée. Elles sont reliées par le même thème : le vécu personnel conduit à une analyse plus générale, qui fait intervenir des exemples celèbres comme Rousseau.

3°) le projet

LE premier paragraphe est un retour du narrateur adulte sur son affectivité d’enfant, sur l’importance accordée par lui-même, alors, à une sorte de mal de vivre romantique associant la sensibilité, la capacité de se voir souffrir, et l’introspection, à partir de la formule de Barrès (l4)
 l’évocation d’un passé personnel permet aussi à Mauriac d’associer cette forme de narcissisme à la vocation littéraire,, le goût de l’introspection et le plaisir de s’observer en train de souffrir nourrissant, selon lui, une œuvre « en gestation ».

 le deuxième paragraphe apporte un rectificatif en soulignant les dangers pour un écrivain qui parle de lui, de prendre pour base une enfance dont la principale caractéristique était une dorme de travestissement de la réalité : insistance sur le mot « jeu », une fois au pluriel, font apparaître le fait que l’enfance a pu être un moment d’insincérité, et qu’à trop attacher d’importance à ces jeux de spleen, celui qui évoque ses jeunes années se trompe et donne une image fausse de lui-même.

II./ Le pacte dans son rapport au lecteur

Le pacte auteur lecteur peut l’analyser à travers le jeu des pronoms personnels et leu interprétation.
Le pacte n’est pas explicite comme dans de nombreux textes. Le « je » devient « nous »  participation du lecteur

1°) l’utilisation du « je » dans les premiers paragraphes
 « je » : dans les deux premiers paragraphes : renvoie à l’expérience personnelle passée telle qu’elle a été rapportée dans des souvenirs.
Mauriac évoque ainsi à la fois son enfance, son adolescence et le récit qu’il a fait de ses souvenirs

 le passé de certaines situations : « je découvris » et l’expérience de l’adolescence : coexistent dans le texte avec un passé de l’écriture : « je me suis plu », la première phrase désignant le même être à des moments diffférents dans le récit de l’action, dans l’action et dans la remémoration « je me souviens » (l9)

 le « je » du 2ème paragraphe reprend le double rôle : celui qui se trouve dans le présent de l’écriture, et celui que se trouve dans le passé d’une action hypothétique : le passage du récit à la reflexion et à l’analyse générale prépare un changement de personne dans le paragraphe 3.

2°) par la suite , dans les autres paragraphes : occurrences du p.p « nous » qui désigne différentes personnes.

 le « nous » des l14-16-19 désignent les destinataires ou récepteurs des souvenirs : les lecteurs, les critiques. il se différencie du mot « auteur » « nous » L 21-22 : les lecteurs

- le « nous » : des L31-32 : « nous finissons, nous justifier, nous sommes toujours, nous parlons de nous, nous ne savons plus, nous plaidons » : désignent les auteurs de mémoires et confessions parmi lesquels Mauriac s’inclut.

Dans le texte autobiographique, celui qui parle passe du « je » de l’écrivain au « nous » des lecteurs pour ensuite s’exprimer à la première personne, toujours nous, mais désignant les auteurs de mémoires

 Cette variation de posture met successivement Mauriac du coté de ceux qui écrivent des mémoires, de ceux qui analysent la démarche pour en découvrir le sens caché : il peut aussi parler en connaissance de cause et aborder tous les aspects de ce type d’écriture.
Il en sait les difficultés, les finalités secrètes, les caractéristiques.

III./ Les dangers et les difficultés de l’écriture autobiographique.

« est-ce à dire que », à la ligne14, s’interroge sur la relation lecteur auteur de souvenirs au sujet de la vérité et de la sincérité. Mauriac soutient une thèse et avance des arguments qui permettent de déterminer les difficultés de l’écriture autobiographique.

1°) la thèse soutenue : l’auteur a toujours la volonté de dire la vérité d’être sincère.

 A la question d’une volonté conscient de tromper dans la rédaction des souvenirs par embellissements, par oubli volontaire, par travestissement Mauriac répond par la négative en utilisant la formule « bien loin de là » L 15 en posant un mode de lecture « savoir les lire » (l15).
 LA thèse qu’il présente ici est que les mémoires rendent compte de la vérité d’un auteur à son insu, dans ce qu’il dit aussi bien que dans ce qu’il ne dit pas et plus encore dans ce qu’il cherche à cacher.
Les exemples sont célèbres : Rousseau, Chateaubriand, Gide.

 le point de vue de mauriac fait des mémoires et des récits de souvenirs, des textes de révélations et non des textes de mensonges, ce qui apparaît dans le paragraphe 3 à travers le champ lexical de la mise au jour « transparait, éclaire, dessinent ».

2°) pourquoi les souvenirs ne sont pas toujours exactemement la vérité ?

 le premier argument figure dans le paragraphe4 à travers une mise en garde à l’impératif
 injonction : « gardons nous de croire que » Trois phrases apportant l’explication attendue dans le paragraphe4.
 l’impression du mensonge vient du fait que l’écriture ne peut rendre compte de la complexité de la vie, de son mouvement, de la multitude de ses imbrications, de sa complexité, de son épaisseur, les termes utilisés, par leurs sens contradictoires soulignant le caractère difficile de l’entreprise qui tente de concilier l’inconciliable : « immobile, fixe » sont opposés à « vie, mouvants ».

 la difficulté ne vient pas de celui qui écrit mais de l’entreprise elle-même qui consiste à faire passer la vie mémoriser à travers des mots. L’écriture fige la vie, les élans, les mouvements.

 autre argument : dans le dernier paragraphe, expos lui un autre risque de modification de la réalité : les mémoires sont des œuvres de justification : champ lexical de la justice « justifie, barre, plaidons, s’accusant, défense ».
Mauriac souligne que la démarche devient une sorte d’obligation.

 Opposition entre les deux expressions. « Sans l’avoir voulu au départ »/ nous finissons toujours »  L’écriture autobiographique ne peut échapper à une finalité inscrite dans la nature humaine et dans le choix du contenu de l’œuvre : écrire sur soit revient immanquablement, pour Mauriac, à construire sa défense, en attendant le jugement dernier.

 Sous couvert de répondre à la question de la sincérité des auteurs de mémoire et de souvenirs à partir de sa propre expérience, Maurica met aussi l’accent sur certaines spécificités et difficultés de l’écriture autobiographique : son caractère révélateur des sentiments, des matières d’être, des actes des auteurs,
- l’extériorisation et mise en évidence involontaires des traits d’une personnalité et d’une vie.
- L’incompatibilité entre l’écriture qui fige la volonté de rendre le mouvement et la complexité de la vie.
- Cetaines finalités implicites comme la volonté de se justifier pour la postérité et de rendre compte de ce que l’on a été pendant sa vie.

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